Il y a des moments où tout semble un peu plus lourd, même si ça ne paraît pas de l’extérieur. Depuis quelques jours, ma petite dort mal. Les nuits sont remplies de réveils, parfois presque toutes les heures. Je me lève, je la rendors, je recommence encore, et au bout d’un moment, je ne sais même plus combien de fois j’ai traversé le couloir. La fatigue finit par s’accumuler sans que j’aie une vraie pause pour récupérer. Cette nuit encore, elle s’est réveillée plusieurs fois. Ce matin, au moment où elle dormait enfin un peu mieux, c’est mon garçon qui s’est levé tôt, plein d’énergie comme toujours.
Après plusieurs nuits comme celle-là, l’idée de lui mettre un petit dessin animé aurait été tellement normale. Juste quelques minutes pour respirer, pour me réveiller tranquillement, pour me rassembler avant de recommencer. Mon corps en avait besoin. J’étais épuisée. Malgré tout, je me suis levée. Je l’ai changé, préparé son petit déjeuner, et j’ai tenté de démarrer la journée du mieux possible, même si mes bras étaient lourds et que mes yeux brûlaient encore de manque de sommeil.
Un peu plus tard, la petite s’est réveillée à son tour. Pour éviter que la fatigue ne m’entraîne trop bas, j’ai mis de la musique. Mon garçon adore ça, alors l’ambiance a changé dès les premières notes. On a dansé un peu, juste assez pour ramener de la vie dans la maison et dans ma tête. Comme j’encourage toujours leur lien, je lui ai demandé de danser avec sa petite sœur. Les voir rire ensemble, leurs petites mains qui se touchent, leurs regards qui se croisent… cette complicité si simple m’a donné un vrai boost. Lui debout devant elle, fier et attentionné, elle assise dans sa chaise haute à le regarder comme si c’était la personne la plus intéressante du monde. Je dansais un peu à côté, je chantonnais, et entre deux mouvements, je nettoyais. Peu à peu, la journée qui s’annonçait lourde s’est adoucie, comme si ce petit moment avait remis quelque chose à sa place.

De l’extérieur, cette scène aurait semblé ordinaire : une maman qui met de la musique, deux enfants qui dansent, une matinée mignonne. Rien d’extraordinaire. Pourtant, derrière ce petit moment, il y avait tout le reste que personne ne voit. L’état de mon corps. Le manque de repos. La tête encore lourde du matin. Le besoin urgent d’un moment pour souffler. Personne ne pouvait deviner ce que ça me demandait d’être là, de sourire, de créer un peu de joie alors que j’avais si peu dans mes batteries. Ce n’était pas juste un moment mignon. C’était un effort immense présenté avec douceur.
Ce matin-là, je me suis réellement trouvée bonne. Pas parfaite. Bonne. J’ai donné ce que j’avais, même avec des batteries presque vides. Je vais sûrement raconter cette histoire à mon mari. Il me félicitera, il sera fier, mais il ne pourra pas mesurer à quel point c’était une vraie victoire. Cette force que ça m’a demandé restera quelque chose que moi seule peux comprendre. Les petites victoires des mamans sont souvent invisibles. Elles ne font pas de bruit. Elles se cachent dans les gestes simples, dans la patience fragile, dans les choix qu’on fait quand personne ne regarde.
C’est pour cette raison qu’il est essentiel de ne pas se laisser atteindre par les regards ou les commentaires de ceux qui ne comprennent pas ce qu’on vit. Seule une personne connaît vraiment ce que son propre corps traverse : sa fatigue, ses limites, ses efforts, ses petites victoires. Même entre nous, entre mamans, il est impossible de saisir complètement ce que l’autre porte. Chacune vit une réalité différente, avec des bébés différents, des forces, des faiblesses, des pressions qui lui appartiennent. On ne peut jamais comparer ce qui ne se vit pas dans le même corps.
Attendre qu’un jour quelqu’un reconnaisse pleinement nos efforts revient souvent à attendre longtemps. Il faut apprendre à se donner soi-même ces fleurs-là. À reconnaître sa propre valeur. À se rappeler que malgré la fatigue, malgré les nuits coupées, malgré les journées qui commencent tout croche, on continue. On avance. On aime. On tient debout. Cela, personne ne peut nous l’enlever.
Ces petites victoires qu’on porte en silence sont beaucoup plus grandes qu’on le croit. Elles prouvent qu’il existe en nous une force réelle, discrète et pourtant immense. Une force que la fatigue ne réussit pas à effacer. Une force qui revient chaque matin, même quand on pense qu’il n’en reste plus.
On est de bonnes mamans. On peut être fières de nous. Lâchons pas.



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